Les tragédies actuelles, faites au nom de l’Islam et de la défense du Prophète – prière et salut d’Allah sur lui – n’ont aucune légitimité religieuse, spirituelle ou intellectuelle. Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas les faits terroristes en tant que tels, mais l’ensemble des réactions dont nous avons été témoins, et les postures qu’adopte une partie de la communauté… Ces réactions et ces postures ne sont-elles pas elles-mêmes des profondes caricatures de l’amour, de la compréhension éclairée et de la connaissance qu’est censée nous donner cette sublime religion ?
La caricature la plus abominable n’est pas celle que fait le non-musulman – refusant déjà d’admettre que le Prophète fut bien un Prophète véridique envoyé par Dieu – mais bien la caricature perpétuelle que les musulmans eux-mêmes font de leur Prophète, certes de façon inconsciente, mais qui dans notre cas est coupable.
Notre responsabilité collective réside dans notre manque de connaissance et d’intérêt pour la réalité du Prophète – prière et salut d’Allah sur lui – au-delà de ce que peuvent dépeindre les Textes lorsqu’ils sont abordés sans Lumière et sans leur dimension ésotérique.
Ne connaissent véritablement le Prophète – prière et salut d’Allah sur lui – que son Seigneur et les quelques héritiers complets (insan al-kamil) qui burent à sa source, jusqu’à devenir eux-mêmes cette source. Mais, nous nous devons d’être des étudiants, s’abreuvant de ce savoir qui change les ténèbres de l’âme en Lumière manifeste.
La vue de caricatures touche le croyant, peut le blesser, le déranger, mais cela ne doit jamais le pousser à extérioriser de la haine, de la violence, ou une opposition avec les non-musulmans. Face à notre incapacité de travailler sur une pédagogie à long terme, pour retravailler notre présentation de l’Islam, allons-nous entrer dans une opposition, une confrontation avec une partie de la population qui ne nous comprend plus… ou qui n’a peut-être jamais compris notre foi ?
Nous ne ferons pas entendre notre position dans un tel manque de cohésion, au-delà même des attaques terroristes que nous condamnons fermement, et à propos desquelles nous implorons le secours divin, afin que cela cesse, et que la paix règne à nouveau dans nos pays. Nous ne pourrons avancer qu’en étant unis dans notre diversité, dans un travail éducatif et dans une vision plus lointaine que nos petits objectifs limités. Notre défaite n’est que la résultante de nos intentions tournées vers autre que la Face divine. Mais, notre manque de perspicacité est impardonnable pour des gens suivant le Prophète, celui qui fut qualifié par son Seigneur de « siraj munir – flambeau illuminant » – prière et salut d’Allah sur lui. Si vraiment nous avons connu sa Lumière, s’il est vraiment le flambeau de nos vies, nous sommes en devoir de devenir à son image, comme des lumières, qui agissent pour la Face de leur Seigneur, pour les Hommes, musulmans ou non, et non pas pour le chaos qui ne vient que du shaytan.
De tels propos ne visent évidemment pas à rendre responsable chaque musulman du terrorisme, qui est le point culminant des maux de ce temps, faisant naître une haine et une peur pour cette religion de vérité. Ces propos visent à nous responsabiliser, plutôt que nous victimiser et de lever l’étendard de l’apitoiement comme certains l’ont fait ces derniers temps. Que ceux qui tentent de réveiller publiquement les troubles, en participant au débat public d’une manière inappropriée, cessent de prendre en otage l’ensemble de la communauté en disant des choses telles que « c’est l’ensemble des musulmans qui sont attaqués » lorsque leur revient la conséquence de leur audace. Que les musulmans au service du Prophète cessent de s’attarder sur les affaires d’ici-bas et se tournent davantage vers ce qui concerne l’au-delà.
Le Prophète – prière et salut d’Allah sur lui – n’a-t-il pas dit : « Délaisse ce bas monde Allah t’aimera, et ne cherche pas après ce que les gens possèdent, ils t’aimeront. »
La posture spirituelle qu’il faut adopter face à des attaques, à des suspicions ou des tensions est celle de la responsabilisation, de l’apaisement, tout en restant clairs sur ce que nous sommes. Lorsque la confrontation est intellectuelle, artistique, elle doit rester dans le domaine sur lequel l’action est menée. Aux attaques intellectuelles, théologiques, et aux amalgames, il faut donc répondre par la science, la sagesse et la clarification, sans jamais être soi-même la cause d’une élévation au-delà du cadre initial. Sinon, c’est ce qu’on appelle : réveiller la fitna (trouble, sédition).
Comme l’a dit le Prophète – prière et salut d’Allah sur lui : « La fitna est endormie, maudit soit celui qui la réveille. »
Qu’Allah unisse les cœurs et nous permettent de devenir des serviteurs pleinement responsabilisés, unis dans la sagesse et agissant par Sa Lumière vers Sa Lumière.