La Taqwa

Lexique du cheminant

Qu’est-elle véritablement ? Tantôt traduite par crainte, tantôt par piété ou encore par dévotion, il semblerait que ses sens soient multiples, et que sa portée soit au-delà de ce qui paraît habituellement.

Si « taqwa » fait partie des termes à absolument maîtriser, c’est parce que le Prophète – prière et salut sur lui – a dit : « Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est certes celui qui a le plus de taqwa. »

La définition d’al-Jurjani :

« At-Taqwa – racine (qwy) – la crainte protectrice pieuse.

  1. Dans l’usage courant, ce terme signifie : le fait de se prémunir (ittiqa’) et de se préserver.
  2. Chez les gens de la réalisation essentielle, c’est se mettre à l’abri du châtiment de Dieu, par l’obéissance qui Lui est due. Cette attitude constitue la bonne garde de l’âme contre l’acte ou l’abstention qui de droit implique le châtiment.
  3. At-Taqwa fi at-ta’a – la crainte protectrice dans l’obéissance. On entend par cette expression, la sincérité adorative (ikhlas). At-taqwa fi al-ma’siya – la crainte protectrice dans la désobéissance. Par cette expression, on entend le renoncement et la prudence.
  1. On dit que l’adorateur se protège par la crainte de tout autre que Dieu – exalté soit-Il.

C’est dit-on :

  • préserver les bonnes convenances (adab) prescrites par la Loi,
  • fuir tout ce qui éloigne de Dieu,
  • renoncer aux prérogatives de l’âme et se séparer du prohibé,
  • ne pas considérer dans son âme un autre que Dieu,
  • renoncer à ce qui est autre que Dieu.

Chez les gens de la Réalité essentielle, le disciple obéissant est celui qui se garde d’obéir à ses passions.

C’est la conformité aux faits et dires du Prophète – sur lui la Grâce et la Paix de Dieu. » [1]

Avec une définition aussi complète, nous pouvons mieux comprendre la parole du Prophète – prière et salut sur lui -avec ses compagnons :

« Je connais un verset du Coran à propos duquel, si l’ensemble des gens y adhéraient, il suffirait pour toute l’humanité », dit le Prophète – prière et salut sur lui.

« Quel est ce verset ô Messager d’Allah ? » demandèrent alors les compagnons.

Le Prophète – prière et salut sur lui – récita alors la fin du deuxième verset de sourate at-Talaq : « Et quiconque fait preuve de taqwa vis-à-vis d’Allah, Il Lui donnera une issue favorable. » [2]

Et afin de ne pas se méprendre, afin de ne pas penser que la taqwa n’est qu’une chose qu’on exhibe et que l’on peut jauger selon ce qui apparaît, le Prophète – prière et salut sur lui – frappa sur sa poitrine en répétant deux fois : « C’est ici que se trouve la taqwa. »

Or, nous ne considérons que deux types de choses qui peuvent habiter le cœur : les ténèbres ou la Lumière.

Soit ce qui y siège est ténébreux, soit c’est lumineux. Ce qu’Allah – exalté soit-Il – et son Prophète ordonnent de mettre en pratique est forcément lumineux. Mais, pour qu’un acte extérieur soit de la taqwa, il faut, selon la définition prophétique, qu’il parte d’un cœur rempli de taqwa, donc rempli de Lumière.

Seul ce qui habite le cœur reste avec le serviteur en tout temps et en tous lieux. C’est pourquoi le Prophète – prière et salut sur lui – a dit : « Fais preuve de taqwa vis-à-vis d’Allah où que tu sois. Fais suivre la mauvaise action par une bonne afin qu’elle l’efface. Et comporte-toi bien avec les gens [3]. »

La taqwa est donc une Lumière, que le serviteur ne crée pas lui-même, car cette Lumière n’est ni le fruit d’une pensée ni le fruit de certaines œuvres, mais une Lumière qui lui sera gracieusement donnée. La taqwa doit donc être recherchée à la fois par les actes et le cœur, avec la certitude qu’elle ne parviendra à être totale que lorsqu’il y aura un alignement parfait entre un cœur lumineux et des actes en concordance avec cette Lumière.

Si un cheminant se targue d’avoir reçu en son cœur l’illumination spirituelle, donc d’être habité d’une Lumière de laquelle provient la taqwa, mais que ses œuvres ne sont pas conformes à la définition que nous venons de donner, alors il ne fait pas partie de ces gens. Soit ce serviteur se fourvoie et ne possède aucune Lumière, soit il doit travailler afin que cette dernière irrigue davantage ses membres. Et si un serviteur nie l’existence de la Lumière du cœur, de ce don seigneurial que le cheminant contemple, et qu’extérieurement il fait preuve de taqwa apparente, c’est qu’il a toujours adoré Allah qu’avec son propre égo. Les croyants, bien intentionnés et bienveillants, voient dans les œuvres d’une telle personne de la taqwa, car c’est ce qui paraît, mais si les œuvres proviennent d’un cœur qui n’est pas habité par la Lumière de la taqwa, alors ils ne sont que vantardise de l’âme égotique.

Qu’Allah nous place parmi les gens de la taqwa, et nous accorde d’aimer et d’être aimés par les gens de la taqwa !


[1] Kitab al-Ta’rifat – ‘Ali ibn Mohamed al-Jurjani – trad. Maurice Gloton.
[2] Selon un hadith rapporté par Ibn Maja – livre de l’ascétisme (zuhd).
[3] Rapporté par at-Tirmidhi.

Louis M.
Spécialisé dans l'étude des Textes sacrés et autres Textes du corpus soufi. Disciple de la voie soufie Karkariya.

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