Vraie beauté et faux brillant

Il est vrai, surtout dans la spiritualité, qu’il est aisé de tomber sur de belles choses, sur de belles paroles, des belles morales de vie.

La beauté est très utilisée, par tout le monde, dans tous les domaines. Le but de cette utilisation ? attirer le regard, le cœur, la considération de ceux qui prêtent attention à ce qui apparaît.

Lorsqu’il s’agit de l’exposition d’une beauté naturelle, on peut dire qu’il s’agit d’une manifestation, d’un dévoilement de la Beauté du Vrai, de l’étude du monde théophanique, du dévoilement de la Réalité ésotérique des choses.

C’est elle la véritable beauté, celle qui est vraie par essence, qui n’est pas surfaite et qui ne se rend pas plus belle, plus convenable, plus présentable pour les yeux de ceux qui la regardent.

La véritable beauté demande un certain raffinement aux observateurs, elle ne s’offre pas à tous. Elle n’est pas vulgaire, bien que le vulgaire puisse s’embellir par elle.

Aussi vrai que c’est elle la plus belle, elle dispose à la fois de la beauté la plus absolue pour l’œil qui voit en profondeur, mais aussi la plus fragile pour celui qui ne voit qu’en surface.

La belle feuille venant habiller l’arbre ne tardera pas à tomber, et si elle n’est pas observée par un œil averti, tant lorsqu’elle est sur l’arbre que sur le sol, jusqu’enfouie sous la terre, alors l’œil voit mal.

Alors l’œil choisit, et il ne trouve la beauté que là où ça l’arrange. Il ne supporte pas que la feuille tombe, qu’elle perde de sa superbe et qu’elle vienne joncher vulgairement le sol. Il ne comprend pas pourquoi ce que Dieu avait élevé avec tant de magnificence finit par être rabaissé : mais c’est là une sagesse universelle.

Tout ce qui a été élevé par Dieu, dans sa beauté et sa grandeur, périra, afin que derrière cela ne persiste que sa Face. A Lui la persistance, et personne en cela ne peut venir Le concurrencer.

C’est là que le faux brillant vient tromper. Le faux brillant montre une feuille éternellement sur l’arbre, une spiritualité uniquement belle, des états spirituels uniquement positifs, une élévation sans chute…une beauté permanente qui cache une laideur de fond : la laideur du faux.

Quiconque a déjà bu une coupe à la source de la Vérité aura cette clef pour reconnaître la véritable Beauté du faux brillant.

Il ne faut pas devenir des adorateurs de la beauté, de la facilité, du positivisme à tout va. Il faut adorer Le Vrai – exalté soit-Il – faisant apparaître Sa Beauté dans la limite de Sa création, dans son caractère insuffisant, incomplet dans sa perfection, mais parfait dans son rôle de support d’apparition.

Il nous faut une règle établie, à la Lumière des Noms et Attributs divins régissant l’univers : aucune Beauté n’est séparée de Sa Majesté, d’un aspect plus difficile et contraignant venant la compléter dans sa faiblesse.

Par exemple : toute fleur finit par faner ; pas de résultats sans efforts ni travail ; pas de longs fleuves tranquilles sans épreuves ; pas d’amour sans difficulté ; pas de positif sans négatif.

Le seul point dans lequel se réunissent l’ensemble des positifs et négatifs, des beautés et des majestés, c’est dans le nombre zéro.

Autrement dit, c’est dans le retour à son état originel, à son extinction en Dieu, qui est l’objectif même du cheminement. Le maître soufi, Sidi Mohamed Faouzi Al Karkari dit en ce sens : « le soufisme, son début est la foi (al-iman), et sa fin, l’extinction dans la Présence divine. »

C’est aspect de la vie et du chemin est la source même du discernement, celui qui est recherché à travers les exercices spirituels d’évocation (dhikr), comme en témoigne ce verset : « Fais preuve de patience [en restant] avec ceux qui invoquent (yad‘oun) leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant le « faux brillant » de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. » (Sourate 18 ; verset 28)

NB : Remarquons ici qu’il est question de « ceux qui invoquent (alladhina yad‘oun) » et non pas de « ceux qui évoquent (yadhkouroun) ». C’est en effet parce que l’objet de leur invocation – ou demande – n’est autre que la Face d’Allah, qui se recherche à la fois par le dhikr, la contemplation et la méditation. L’utilisation ici du terme « yad‘oun » implique donc le dhikr.

Ce suivisme du faux brillant, du tout beau, du tout positif, n’est que la caractéristique de ceux qui refusent la Réalité et qui cherchent à recréer un monde personnalisé à leur goût, absolument illusoire, dans le but de satisfaire leur âme dans ce qu’ils ne saisissent pas.

Ils ne comprennent pas la vie, ses épreuves, ses peines, son aspect parfois difficile, alors ils inventent un état, un monde où tout serait logique et beau selon leur conception.

C’est peut-être une manière de se protéger d’un état « dépressif » immédiat, mais cette construction ne sauve l’Homme en rien.

Elle le noie dans des ténèbres toujours plus profondes, car il a créé une illusion encore plus grande que celle dans laquelle il était.

Et le voilà qu’il fait courir sur sa langue des paroles de sagesse et de paix, et il dit au monde : « je suis dans l’éveil. »

Celui-là n’a généralement fait que rajouter un rêve dans le propre rêve qu’était sa vie, et lorsque le Jalal (Majesté) divin s’impose, sans son faire-part de beauté apparente, alors le rêve se brise, le château de sa construction s’écroule, et là…il ne comprend plus rien.

La seule voie pour parvenir à cet état de zéro, de Beauté clairvoyante perpétuelle – car accompagnée de ce qui va avec en matière de « désagréments » – c’est celle du dhikr.

C’est le dhikr qui ouvre les portes d’une méditation qui lie l’Homme à son Seigneur, qui fait de lui un réceptacle recevant la science de ce qu’il doit saisir, même lorsque cela doit lui déplaire totalement.

« Fais preuve de patience en restant avec ceux qui invoquent » …car cela n’est en rien facile ! L’éveil véritable n’est pas une croisière de beauté sans effort. La route de l’Amour (avec un grand A) est souvent plus proche des larmes chaudes dans la solitude d’une nuit que de la chaleur qu’offre l’étreinte d’un corps.

« […] Matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux », ne pense pas que dans cette quête tu as des jours de repos. Chaque matin et chaque soir tu recherches l’éveil, afin que chaque jour et chaque nuit t’y amène. Tu demande à voir la réalité au petit matin, et voilà que le Seigneur qui t’accompagne la dévoilera à toi au cœur de la journée. Et le soir, avant que la nuit se couche, tu n’oublies pas que c’est auprès de Lui que tu la passeras, et qu’en son cœur, les choses se dévoilent différemment qu’en plein jour : elle est le voile d’occultation de la lumière du jour rendant plus brillant que jamais le Soleil de la Réalité.

« Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. » Ne suis pas le dictat du « faux brillant ». Tu dois faire partie des gens de la Vérité, ceux qui chassent la duperie. A l’image de ces pieux dont le diable changeait de route lorsqu’il les croisait, le faux doit se dissiper devant toi, car tu deviens une source de Vérité, tant tu connectes ton réceptacle à la Source des sources tout au long de la journée.

C’est ainsi qu’œuvre la Lumière dans le cœur du serviteur, cette Lumière projetée depuis un cœur éveillé vers des cœurs en voie d’éveil. Entre eux, le seul lien est celui de la Réalité.

Que Dieu nous illumine tous et nous accorde la pleine réussite !

Que la Paix soit sur vous !

Louis M.
Spécialisé dans l'étude des Textes sacrés et autres Textes du corpus soufi. Disciple de la voie soufie Karkariya.

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