Le maître d’éducation spirituelle (shaykh)

Lexique du cheminant

Ce qu’est le maître spirituel, ce qu’il n’est pas.

La confusion sur cette notion de maître existe tant chez ceux qui renient leur importance que chez ceux qui décident de se laisser guider sur les traces d’un des leurs. Leur secret échappe au commun des gens, mais leur absolue nécessité à un certain niveau du cheminement n’est plus à prouver tant qu’elle fait l’unanimité chez les gens du soufisme.

Ce que nous voulons par ces quelques lignes, c’est transmettre quelques points essentiels de ce qu’est un maître et de chasser les fausses croyances répandues à leur sujet.

Les maîtres ont été séparés en deux catégories : les maîtres de baraka (bénédiction) et les maîtres de tarbiya (éducation). Nous parlons ici des maîtres de tarbiya, car ils sont les seuls à véritablement mériter le nom béni de Shaykh.

En langue arabe Shaykh s’écrit avec trois lettres qui cachent le sens de la réalité du Shaykh : le Shin ; le Ya ; le Kha.

Le Shaykh est ainsi « celui qui a bu entièrement la coupe (Sharib – Shin) de la certitude (Yaqin – Ya) du vin prééternel et Incréé (Khamr – Kha) »

Le maître du point de vue du cheminement est comme le point d’union entre Dieu en dehors du monde et les créatures dans le monde.

Le maître est la main de Dieu sur terre : il transmet la Lumière qui rend l’Absolu accessible.

Le maître mène les cheminants à la réalisation spirituelle.

Le maître ouvre les portes à la véritable connaissance de soi : celle des profondeurs insoupçonnées de l’âme humaine.

Le maître délivre la connaissance du Seigneur au serviteur cherchant à Le connaître.

Le maître est la Porte de la proximité.

Le maître donne la Lumière et prend les ténèbres. Il donne le bien et purifie le mauvais.

Le maître est clairvoyant sur les défauts et qualités du cheminant bien plus précisément que celui-ci ne le voit.

Les soufis parlent des 70 voiles de ténèbres et Lumière qui séparent le serviteur de son Seigneur. Le maître est celui qui lève ces voiles.

Les soufis parlent de 7 degrés de l’âme (an-nafs) réunis qui mènent à l’Esprit (ar-ruh) : le maître est la réunion de ces degrés et celui qui leur permet de se manifester.

« Le véritable maître, c’est celui qui te forme par sa façon d’être, t’éduque par son simple silence, et dont l’illumination éclaire ton intérieur. » Abu Madyan al-Ghawth, maître soufi.

« Le maître est celui qui t’unit par sa présence et te protège en son absence. » Abu Madyan al-Ghawth, maître soufi.

Le maître éduque par le regard, c’est ce qu’affirmait Ash-Shadhili, grand maître soufi, se comparant en cela à la tortue.

Son héritier, le maître Al-Mursi affirmait quant à lui : « Je jure par Dieu qu’il me suffit de diriger une seule fois mon regard sur un être pour le combler spirituellement. »

Le maître ne cache pas sa fonction par fausse humilité. De la même manière qu’un Messager dit qu’il est un Messager, qu’un Prophète dit qu’il est Prophète, le maître éducateur assume son rôle et son rang, dans l’intérêt même des disciples qui se doivent de le reconnaître pour en tirer profit.

Le maître est l’exemple à suivre pour la réussite du disciple. Ash-Shadhili dit à son disciple Al-Mursi : « Je ne t’ai pris pour disciple seulement pour que toi tu deviennes moi et que moi je devienne toi »

Le maître ne cherche pas à être adoré à la place ou à côté de Dieu ni suivi à la place du Prophète. Il est plutôt leur représentant et celui qui s’efface lorsque son disciple s’est suffisamment réalisé par lui.

Il est rapporté en ce sens de la part du maître soufi Ibn ‘ata Allah Al-Iskandari : « Ton maître, ce n’est pas celui que tu entends parler, mais celui dont tu acquiers réellement quelque chose. Ton maître, ce n’est pas celui aux discours duquel tu assistes, mais celui dont l’allusion habite ton for intérieur. Ton maître, ce n’est pas celui qui t’invite vers la porte, mais celui qui ôte le voile qui te sépare de lui. Ton maître, ce n’est pas celui dont tu reçois la parole, mais celui dont l’état spirituel te transforme sur le champs. Ton maître est celui qui te libère de la prison des passions et te fait entrer dans la Présence de ton Seigneur. Il n’aura de cesse de polir le miroir de ton cœur, jusqu’à ce que la Lumière de ton Seigneur s’y réfléchisse. Il te fait te lever vers Dieu, et c’est effectivement vers Lui que tu te lèves. Il te fait progresser jusqu’à ce que tu parviennes à Lui, il te rapproche peu-à-peu puis te pousse devant Lui et te projette dans les Lumières de la Présence divine en disant : « Te voilà avec ton Seigneur ! » »

Le maître se suffit dans son enseignement, et il suffit pour équilibrer entièrement la religion du cheminant.

Le maître est l’héritier le plus complet du Prophète bien qu’il n’ait pas la même fonction. Le premier a pour fonction de mener les Hommes à la réalisation spirituelle par la religion Mohammedienne, le Prophète quant à lui est venu en tant que Miséricorde pour les mondes.

Le maître éduque par les sciences qu’il prit de l’héritage prophétique, de son propre maître et de sa propre éducation auprès de Dieu. Il n’ajoute pas à son enseignement des éléments qui viennent d’autres traditions ou de la science des modernes comme les techniques de développement personnel ou autres sciences qui ne sont pas du domaine de l’initiation de l’âme.

Le disciple est attaché à son maître éternellement, même en ayant fini son cheminement spirituel, car quel que soit le degré qu’atteint le cheminant, même s’il devient lui-même un maître, son point de rattachement à ce qu’on appelle la « chaine de transmission initiatique (silsila) » n’est que par son maître. Il demeure alors son seul et unique lien avec le Prophète porteur de la Révélation.

Le véritable maître est toujours combattu, critiqué et traité d’imposteur, mais à l’instar des Prophètes, il vient toujours avec une preuve de sa véridicité pour ceux qui savent voir.

Le maître n’est pas un simple enseignant ni un simple conseiller spirituel ou encore un coach.

Le maître n’est pas juste un transmetteur de formules de dhikr, de techniques de méditations et de sagesses de vie.

Le maître n’est pas une personne avide de pouvoir, d’argent ou de reconnaissance.

Le maître ne demande pas de contrepartie matérielle ou financière à son enseignement.

Le maître n’est pas investi dans la politique ou dans les affaires de la vie mondaine en dehors de son apport bénéfique à la société.

Le maître n’a pas recours aux sciences occultes comme la magie ou la recherche d’aide auprès des esprits et djinns.

À lire également : Shaykh Mohamed Faouzi Al Karkari, maître soufi contemporain.

Louis M.
Louis M.
Spécialisé dans l'étude des Textes sacrés et autres Textes du corpus soufi. Membre fondateur et enseignant-accompagnateur à Lumière & Cheminement.

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